Après la marche du 31 mars, l’exigence : à Dschang, le temps des actions concrètes a sonné

Par M. Temkeng Tabonzong, pour le magazine Essentielles

À Dschang, la récente marche citoyenne contre les féminicides n’a pas seulement été une démonstration de solidarité. Elle marque un tournant : celui du passage du plaidoyer symbolique à l’exigence d’actions concrètes face à la montée des violences basées sur le genre.

Initiée par un consortium d’organisations de la société civile de la Menoua, la mobilisation a rassemblé jeunes, leaders associatifs et citoyens engagés, déterminés à faire entendre une voix devenue trop longtemps étouffée. Du centre-ville jusqu’au campus de l’Université de Dschang, les manifestants ont porté un message sans ambiguïté : il ne suffit plus de dénoncer, il faut désormais agir.

Car derrière les slogans, la réalité est préoccupante. En moins de trois mois, près de 24 cas de féminicides ont été signalés, accompagnés de plusieurs cas de viols suivis de meurtres, notamment sur des enfants. Des chiffres qui, selon les acteurs de terrain, restent largement en dessous de la réalité, tant le silence continue de peser sur les victimes et leurs familles.

Pour Kenfack Jean-Pierre, président de ASHU et initiateur du projet, l’heure n’est plus à la simple sensibilisation : « Nous avons atteint un point critique. Il faut que les paroles se traduisent en mesures concrètes. La dénonciation doit être encouragée, mais surtout protégée, et les auteurs doivent être sanctionnés sans complaisance. »

Encadrée par les services du Ministère des Affaires Sociales et du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, la marche a aussi permis de rappeler le rôle essentiel des institutions.
Les autorités ont insisté sur la nécessité de signaler les cas, même anonymement, et de renforcer les mécanismes de prise en charge des victimes.
Mais au-delà des discours officiels, ce sont les réactions des populations qui donnent toute sa portée à cette mobilisation. Dans les rues de Dschang, plusieurs participantes ont exprimé un sentiment mêlé de colère et d’espoir.

Marthe N., commerçante, confie :
« On en avait marre d’entendre chaque semaine qu’une femme a été tuée. Cette marche nous a fait du bien. On s’est senties soutenues, on a compris qu’on n’est pas seules. »
Même ressenti pour Clarisse T., étudiante :
« Ce que j’ai aimé, c’est que ce n’était pas juste des paroles. On a marché ensemble, hommes et femmes. Ça donne du courage. Mais maintenant, il faut que ça change vraiment. »
Du côté des hommes, certains ont également saisi l’importance de cette prise de conscience collective.

C’est le cas de Serge M., jeune père de famille :
« On ne peut pas continuer à accuser seulement les autres. La lutte commence aussi chez nous, dans nos maisons, dans notre façon de parler aux femmes, de les respecter. Moi, je m’engage à être un exemple pour mes enfants. »
Ces témoignages traduisent une évolution des mentalités, encore fragile mais bien réelle. Le principal défi reste désormais de transformer cette prise de conscience en actions durables. Le silence, longtemps installé, commence à se fissurer, laissant place à une parole plus libre et à une responsabilité partagée.

Cette mobilisation s’inscrit dans une dynamique amorcée en amont, notamment à travers des sessions de formation visant à outiller les acteurs locaux face à la recrudescence des violences. Elle traduit une volonté claire : passer d’une prise de conscience à une transformation réelle des pratiques et des comportements.

À Dschang, la marche n’était donc qu’un point de départ. Elle ouvre désormais la voie à un plaidoyer plus structuré, orienté vers des résultats concrets : protection effective des victimes, justice pour les survivantes et sanctions pour les auteurs.

Dans un contexte où les violences persistent au Cameroun, le message porté est sans appel : la lutte contre les féminicides ne peut plus se limiter aux discours. Elle exige des engagements fermes, des actions visibles et une responsabilité partagée.

À Dschang, une conviction semble désormais s’imposer : le temps du silence est révolu, place à l’action.

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