
Le Cameroun a tenu en octobre 2025 ses élections présidentielles, un rendez-vous crucial dans un contexte marqué par une longue centralisation du pouvoir et de multiples crises socio-politiques. Le 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats définitifs : le président Paul Biya est réélu pour un huitième mandat avec 53,66 % des suffrages exprimés, selon les chiffres officiels. Ce moment, suivi de près par les observateurs nationaux et internationaux, suscite à la fois tensions, contestations et espoir de changement dans une nation qui cherche à consolider sa trajectoire démocratique.
La proclamation des résultats intervient au terme du processus prévu par la Constitution camerounaise et par la loi électorale gérée par Elections Cameroon (ELECAM). Après le dépouillement dans les 360 arrondissements du pays, les procès-verbaux sont transmis au niveau départemental, puis régional, avant d’être acheminés au Conseil constitutionnel chargé de la validation finale. Dès les premiers jours suivant le vote, des irrégularités présumées ont été signalées par plusieurs partis d’opposition. Certains dénoncent :
- des incohérences entre procès-verbaux du niveau local et ceux présentés devant le Conseil constitutionnel ;
- l’absence ou l’insuffisance de leurs représentants dans plusieurs bureaux de vote ;
- des retards significatifs dans la transmission des résultats, particulièrement dans les zones rurales et dans les régions en crise.
Lors des audiences publiques, plusieurs candidats et partis ont introduit des recours en annulation partielle ou totale du scrutin. La présidente du UDC a vigoureusement dénoncé des irrégularités, notamment dans certaines localités des régions du Sud et de l’Est.
Le Conseil constitutionnel, présidé par Clément Atangana, a rejeté l’ensemble des recours présentés.
Cependant, des missions d’observation de l’Union africaine, de la Francophonie et du Commonwealth ont relevé des limites structurelles :
- absence de biométrie complète sur tout le territoire,
- retards dans la transmission des résultats dans certaines zones,
- manque d’accès des opposants à certains bureaux de vote.
Sur le plan social, la proclamation des résultats n’a pas apaisé les tensions. Des manifestations sporadiques ont éclaté dans des quartiers de Yaoundé et Douala etc…., dispersées par les forces de maintien de l’ordre. Plusieurs blessés ont été recensés selon des sources hospitalières locales.
À l’international, les réactions ont été contrastées. L’Union africaine a salué une « élection pacifique et stable », tandis que certaines organisations de la société civile nationale estiment que les défis démocratiques demeurent.
Sur le plan économique, la période post-électorale a eu des répercussions immédiates. Dans le secteur du transport, plusieurs syndicats ont suspendu les activités de transport des produits alimentaires entre le Grand Nord et les grands centres urbains du Littoral et du Centre. Résultat : une augmentation notable des prix, notamment de produits comme :
- la tomate,
- la carotte,
- l’oignon.
À Douala, les commerçants parlent d’une hausse allant jusqu’à 40 % sur certains marché
Officiellement, les résultats des élections de 2025 ont été proclamés. Politiquement, le débat reste ouvert. Dans un pays où la participation citoyenne gagne en maturité, cette élection aura laissé un goût d’inachevé, révélant les limites du système électoral et la profondeur des attentes des citoyens.
Pour éviter une escalade des tensions et redonner confiance aux électeurs, plusieurs pistes apparaissent incontournables :
- une réforme électorale profonde, incluant la biométrie complète ;
- un dialogue national sincère avec les acteurs politiques et la société civile ;
- une décentralisation réelle pour rapprocher le pouvoir des citoyens.
La démocratie camerounaise demeure fragile, mais elle porte encore en elle la promesse d’un renouveau si les acteurs politiques privilégient l’unité plutôt que la division.
L’avenir dépendra désormais de la capacité du régime à répondre aux aspirations d’un peuple résilient et déterminé.


