
Alors que le Cameroun s’inscrit officiellement dans la campagne mondiale des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, la réalité du terrain rappelle brutalement l’urgence de la situation. En l’espace de deux semaines, deux femmes ont été victimes de violences sexuelles suivies de meurtre dans la région du Centre, allongeant une liste déjà tragiquement longue.Ombolo-Bingana : le drame de Ngah JulienneÂgée d’environ 45 ans, Ngah Julienne vivait à Ombolo-Bingana, dans le département de la Lékié. Selon des sources locales, elle aurait quitté son domicile conjugal le jeudi 4 décembre 2025 en début de soirée, après avoir reçu un appel téléphonique. Elle est ensuite aperçue quelques heures plus tard dans un cabaret, en compagnie de deux hommes.Décidant de rentrer seule à pied une habitude qui lui était familière elle est agressée sur le chemin du retour. Malgré un cri entendu par un agent de police, elle ne sera malheureusement pas secourue à temps. Son corps sans vie, retrouvé le lendemain, portait de lourdes traces de violences sexuelles et physiques, laissant présager des souffrances extrêmes.Un homme d’une trentaine d’années a été interpellé le dimanche 7 décembre. L’enquête se poursuit, les autorités n’excluant pas l’implication d’autres personnes.Louma : Vanessa retrouvée sans vie dans son propre champQuelques jours auparavant, une autre tragédie secouait la localité de Louma, située à environ six kilomètres d’Okola. Vanessa, portée disparue, avait fait l’objet de recherches intensives menées par sa famille et des habitants du village.Une semaine plus tard, son corps est retrouvé dans un état avancé de décomposition… dans son propre champ, pourtant déjà fouillé. Les premiers éléments recueillis font état de violences sexuelles avant son assassinat. Quatre suspects, tous connus des services judiciaires, ont été interpellés dans le cadre de l’enquête.Une spirale de violences qui persisteAvec ces deux nouveaux cas, le nombre de femmes tuées recensées depuis le début de l’année 2025 atteint 68, selon des données compilées par des organisations de veille citoyenne. Un chiffre glaçant, qui interroge la capacité collective à prévenir, protéger et sanctionner efficacement les violences faites aux femmes.Au-delà des faits, ces drames posent une question centrale : combien de vies faudra-t-il encore perdre avant que la lutte contre les féminicides ne devienne une priorité nationale réelle, coordonnée et durable ?De l’indignation à l’actionLes campagnes de sensibilisation, bien que nécessaires, ne sauraient suffire sans des mesures concrètes :renforcement de la prévention communautaire,protection effective des femmes dans l’espace public,célérité judiciaire,accompagnement des survivantes et des familles des victimes,et surtout, une tolérance zéro face à l’impunité.Chaque féminicide n’est pas seulement un fait divers. C’est un échec collectif, un signal d’alarme, et un appel pressant à transformer les engagements en actes.


