Le féminicide qui met à nu les failles d’une justice qui condamne… sans garantir la peine.
Le 15 octobre 2025, la Cour d’appel du Littoral a condamné Éric Bekobe à vingt ans de prison ferme pour les coups mortels ayant entraîné la mort de son ex-épouse, Diane Yangwo, enseignante au lycée bilingue de Nylon Ndogpassi à Douala. Un verdict présenté comme une victoire après la peine initiale de cinq ans avec sursis avec une amande de 52.000 FCFA, jugée scandaleusement indulgente. Mais derrière ce triomphe apparent, une réalité glaçante se dessine : le principal concerné serait introuvable. Selon la famille de la victime et plusieurs sources proches du dossier, Éric Bekobe brille par son absence en prison. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui sans suite. Il échappe ainsi à l’exécution de sa peine depuis que le verdict est tombé. Ces révélations exposent une nouvelle fois l’incapacité du système judiciaire camerounais à assurer la justice jusqu’au bout. Comment un homme reconnu coupable d’homicide peut-il disparaître dans la nature après une condamnation si lourde ?
Ce scandale soulève des interrogations profondes sur la manière dont la justice camerounaise traite les féminicides. Le schéma est tristement connu : crime conjugal, condamnation symbolique, indignation publique, puis oubli ou fuite. L’affaire Diane Yangwo, loin d’être un cas isolé, révèle une mécanique d’impunité où la vie des femmes semble peser moins que le poids des procédures. Le Code pénal camerounais ne reconnaît toujours pas le terme de féminicide, réduisant ces crimes à de simples “coups mortels”. Cette approche minimaliste banalise la violence, transforme les bourreaux en coupables “repentis” et les victimes en statistiques. Pendant que la société civile réclame une loi claire et des sanctions exemplaires, les assassins, eux, trouvent le moyen de fuir, profitant d’un appareil judiciaire lent, opaque et parfois complice. Si la justice condamne sans assurer l’application des peines, alors elle n’est plus un rempart, mais une porte ouverte à l’injustice. La mort de Diane n’est pas seulement celle d’une femme, c’est le reflet d’un système qui laisse les tueurs s’envoler, pendant que les familles enterrent leurs filles.




