

De plus en plus de jeunes Camerounais se tournent vers les jeux en ligne et les paris sportifs, séduits par la promesse du gain rapide et la facilité d’accès. Mais derrière ce divertissement numérique se cache une dépendance grandissante, aux conséquences parfois dramatiques.Un phénomène en pleine expansionAu Cameroun, les jeux en ligne et les paris sportifs font désormais partie du quotidien de nombreux jeunes. Une enquête menée par TGM au Cameroun en Octobre 2022 ,a d’ailleurs indiqué que 44,08 % de la population a participé à des activités de paris sportifs au cours des 12 derniers mois. Ainsi, grâce à un simple smartphone et une connexion internet, il est facile de miser sur un match, de jouer entre amis ou de tenter sa chance sur des plateformes internationales. Ce loisir moderne, perçu comme un moyen de détente ou d’argent facile, gagne du terrain dans les grandes villes comme dans les zones rurales.Entre passion et dépendance<< Au départ, c’était juste pour le fun avec les amis, raconte Steve 22 ans et étudiant à l’université de Yaoundé I, mais après quelques gains, j’ai commencé à parier tous les jours. Quand je perdais, je voulais toujours me refaire >>. Ce qui commence comme un simple jeu devient souvent une habitude. Certains jeunes à l’instar de Steve, passent plusieurs heures par jour à parier ou à jouer, délaissant les études, le travail et les relations sociales. L’excitation des gains rapides crée une sensation de plaisir immédiat, mais les pertes répétées entraînent frustration, anxiété et isolement. Le jeu n’est plus qu’un divertissement : il devient une fuite face aux difficultés du quotidien.Des conséquences économiques et familialesLes répercussions ne se limitent pas à l’écran. Beaucoup de jeunes dépensent l’argent destiné aux besoins essentiels dans les paris, espérant un retour miraculeux. Lorsque la chance tourne, les dettes s’accumulent. Certains empruntent à leurs amis ou mentent à leurs parents, d’autres vont jusqu’à commettre de petits vols pour continuer à jouer << il m’arrivait souvent de voler l’argent de tontine de la mère lorsque j’étais à sec >> déclare Alex, un ancien adepte à ces jeux. Ces comportements fragilisent les liens familiaux et nourrissent un climat de méfiance au sein des foyers.Un défi pour les parents et les écolesFace à ce phénomène, les parents se disent souvent impuissants. Le dialogue devient difficile et la rupture s’installe. Pourtant, la prévention commence à la maison. Les parents ou tuteurs doivent comprendre sans juger, fixer des limites claires et encourager des loisirs plus sains. Les établissements scolaires ont, eux aussi, un rôle à jouer en intégrant l’éducation aux médias et à la gestion de l’argent dans leurs programmes.Vers une prise de conscience collectiveLes autorités camerounaises et les opérateurs de jeux doivent également assumer leur part de responsabilité. Mieux encadrer la publicité, vérifier l’âge des joueurs et promouvoir un usage responsable sont des mesures nécessaires pour protéger la jeunesse. Les médias et associations, quant à eux, peuvent contribuer à informer et sensibiliser.Les jeux en ligne et les paris sportifs ne sont pas mauvais en soi. Ils peuvent être un divertissement sain s’ils sont pratiqués avec modération. Mais lorsqu’ils deviennent une obsession, ils enferment les jeunes dans un cercle de dépendance. Jouer, oui mais sans se laisser piéger.
Par Stéla Foading, étudiante en lettre et sciences humaines.

