PRESTATION DE SERMENT POUR UN HUITIÈME MANDAT : UN SEPTENNAT ANNONCÉ POUR LES FEMMES ET LES JEUNES

un septennat pour les femmes et les jeunes

Prestation de serment pour un huitième mandat : un septennat annoncé pour les femmes et les jeunes

Réélu le 12 octobre 2025 avec 53 % des voix, le président Paul Biya a prêté serment le 6 novembre, date hautement symbolique de sa longue présence au pouvoir. Dans un discours aux accents de renouveau, il a promis un septennat « consacré aux femmes et aux jeunes ». Une déclaration qui, dans un contexte de crises sociales et d’exode massif, interroge sur la portée réelle de cet engagement.

La scène du 6 novembre 2025 au Palais des Verres de Yaoundé restera marquée par le ton résolument social du président Paul Biya. Après plus de quarante ans à la tête de l’État, le chef de l’exécutif a voulu donner une nouvelle orientation à son huitième mandat, en plaçant la femme et le jeune Camerounais au cœur de son projet politique. Mais cette annonce intervient dans un contexte où les faits traduisent un profond déséquilibre. Le Cameroun ne compte toujours aucune femme gouverneure, aucune femme général, et jamais de Premier ministre femme depuis l’indépendance. Pendant ce temps, les féminicides, la précarité et l’invisibilité des femmes dans les sphères décisionnelles continuent de miner la société. Pour beaucoup, la promesse présidentielle ne peut avoir de sens que si elle s’accompagne d’actes forts : la nomination d’une femme à la primature, la création de programmes économiques inclusifs et l’adoption de lois protégeant mieux les femmes contre les violences.

Du côté de la jeunesse, l’enjeu est tout aussi pressant. De plus en plus de jeunes quittent le pays, poussés par le chômage, le manque de perspectives et la désillusion politique. Le rêve d’un avenir meilleur semble s’écrire ailleurs : au Canada, en France ou en Belgique. Face à cette fuite des cerveaux, le discours du 6 novembre sonne comme un appel à la reconquête de la confiance. Mais pour y parvenir, il faudra rompre avec la logique des promesses répétées. Offrir une véritable place aux jeunes dans les institutions, en leur permettant de diriger des ministères, ou encore promouvoir des ministères dirigés par une génération de moins de 40 ans, et repenser les politiques de formation et d’emploi seraient des signaux concrets d’un changement attendu.

Au fond, les Camerounais ne réclament plus des mots, mais des actes concrets. L’engagement du président Biya à consacrer ce septennat aux femmes et aux jeunes ne sera crédible que s’il s’accompagne de réformes mesurables et courageuses, pour une transition générationnelle et une égalité hommes-femmes au sommet de l’État. Car les symboles, aussi forts soient-ils, ne suffisent plus à apaiser un peuple en quête d’équité, de justice et d’opportunités. Le temps des promesses semble révolu. Après 43 ans de règne, l’heure est à l’action.

Par Adeline TSOPGNI, Étudiante en science politique

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